Sujet d'etude
Implantation de la Cathedrale d'Evry
...et généralisation à l'implantation de lieux de culte catholique en France
La Cathédrale d'Evry Généralisation à d'autres lieux de culte

Introduction

1ère Echelle d'étude

2ème Echelle d'étude

Conlusion

Glossaire

Table des Illustrations

Bibliographie

3ème Echelle d'étude

Présentation

La Cathédrale d'Evry D'où vient la nécessité et quelles sont les conditions nécessaires à l'implantation de la cathédrale d'Évry sur le territoire ? Comment ce dernier est-il divisé et comment les cathédrales y sont-elles réparties? Dans quels contextes l'édification d'un tel lieu de culte est-elle possible: au niveau politique, économique ou au niveau des relations entre l'Église et l'État? Quelles sont les personnes concernées par les décisions, quelles sont les conditions financières nécessaires? Quel est le rôle de l'église, quelle est sa nécessité au niveau sociologique? Et enfin le bâtiment a-t-il une importance dans le rapport à la terre et aux forces cosmo-telluriques ? Division du territoire en diocèses - implantation géographique. L'Église aujourd'hui est indissociable de son histoire ; c'est pourquoi je vais partir de ses débuts. Elle a été mise en place par rapport à l'organisation de la Rome Antique, de l'Empire romain. En fait, au départ, les fidèles se rassemblaient dans des édifices qui servaient déjà à d'autres usages; ce qui bien sûr a fini par poser des problèmes. Calixte, à son époque, a décidé que les locaux de l'Église deviendraient indépendants des locaux de l'État. Il constitue à cet effet la couronne des vingt-cinq titres autour de Rome. L'Église a alors commencé à s'organiser et la première organisation obéit à la loi romaine. Des évêchés sont mis en place ainsi que leurs limites géographiques. En Gaule, ce sont les mêmes que les limites administratives de l'Empire romain.
Les territoires de l'Église sont les diocèses et il n'y existe qu'une seule cathédrale par diocèse. De plus, la création de diocèses nouveaux est toujours liée au phénomène d'urbanisation :
" S'il existe un déterminisme en histoire, celui de l'urbanisation est sans doute l'un des moins contestables. Dans le passé, l'évolution des sociétés fondées sur le commerce et les échanges de production est marquée en période instable par des alternances d'urbanisation et de retour à la terre. Le développement culturel va de pair avec le développement de l'urbanisation tout comme il accompagne le développement de la religion. L'urbanisation dépend elle-même de facteurs économiques et politiques : la prospérité, propice aux échanges, la paix retrouvée, lui sont favorables. La France a connu un tel phénomène du XIème au XIIIème siècles, alors que cessent les grandes invasions, que s'enrichissent les bourgeois et que les paysans défrichent de nouvelles terres.
Sept siècles plus tard, après la première guerre mondiale, de nouveau, une forte migration des campagnes vers les villes, avec du retard sur les autres pays d'Europe de l'Ouest. " On peut dire que la poussée d'urbanisation du XXème siècle, comme celles des XIIème et XIIIème siècles va avoir des conséquences par rapport à la création d'un nouvel édifice cathédral. En ce qui concerne la cathédrale d'Évry, " c'était en 1961. Le général de Gaulle était alors président de la république. Confronté au problème de l'extension mal maîtrisée de la banlieue parisienne, et conscient des difficultés qui risquaient de surgir dans l'avenir, il reçoit le 11 août Paul Delouvrier, auparavant Délégué général du Gouvernement en Algérie, et placé depuis peu par Michel Debré, Premier ministre, à la tête du tout jeune district de la Région de Paris. Son propos est bref mais clair : " c'est important politiquement et pour la France que Paris retrouve une image de cité moderne. Il faut mettre de l'ordre là-dedans. " "
Évry-Petit-Bourg (six mille habitants) a alors été choisi pour devenir la première ville nouvelle de la région parisienne, suivie de Saint Quentin en Yvelines, de Meulin Sénart, de Cergy Pontoise et de Marne la vallée ; et l'agglomération compte aujourd'hui trois cent mille habitants. Il faut dire que suite au baby boom, la démographie est devenue très importante autour de la capitale, au point que le diocèse de Versailles, dans lequel était contenu Évry, comptait au début des années soixante, deux millions d'habitants et l'Église ne le maîtrisait plus. C'est ainsi qu'en 1964, un nouveau découpage administratif a eu lieu en région parisienne avec la création des huit nouveaux départements. Parallèlement, en 1966, ont été créés cinq nouveaux diocèses en Ile de France, dont le diocèse de Corbeil-Essonne le 9 octobre 1966. Monseigneur Malbois y est nommé évêque, et c'est l'église Saint Spire de Corbeil qui devient alors cathédrale.
En 1984, Monseigneur Guy Herbulot, évêque actuel du diocèse Corbeil-Essonnes, transfert l'évêché dans la ville nouvelle d'Évry, préfecture du département de l'Essonne. Cependant, il y a, à Évry, pour seuls lieux de culte quelques églises rurales et de simples gymnases alors que la ville représente bientôt un total de cent mille habitants, avec un potentiel de dix pour cent de pratiquants, soit dix mille personnes. Dans ces conditions, Monseigneur Guy Herbulot décide d'y édifier une église cathédrale qui sera la première construite en France depuis plus d'un siècle. Cependant, cette décision n'aurait pas été possible s'il y avait déjà eu une église de taille assez importante à cet endroit. Enfin, le premier janvier 1989 le diocèse prend le nom d'Évry-Corbeil-Essonnes et compte aujourd'hui plus de trois cent mille personnes.

Contexte.

 

Nous pouvons nous demander à présent dans quel contexte a pu être construite la cathédrale d'Évry, quelles ont été les appréhensions de départ, mais aussi les opportunités, politiques entre autres, qui ont permis l'élaboration de ce projet.

Tout d'abord, il faut signaler que certains n'ont pas manqué de dire que cette décision est une réponse des catholiques aux musulmans qui ont entrepris de lancer la construction d'une mosquée, à proximité du centre de la ville. " Telle est d'ailleurs l'interprétation de Khalil Merroun, président de l'association culturelle islamique et recteur de la mosquée

H OUPERT H ÉLÈNE A RCHITECTE

d'Évry. Selon lui, la cathédrale a pour objet de répondre au défi que représente pour les catholiques d'Évry une communauté musulmane très pratiquante et en pleine expansion. "

Cependant, ceci ne peut être retenu comme un argument valable, dans la mesure où " nous sommes entrés dans une ère de sociétés mixtes, métissées et multireligieuses. Les villes nouvelles en sont les témoins privilégiés. " D'ailleurs, à Évry, " le symbole de la coexistence pacifique entre religions réside dans la juxtaposition et même la covisibilité du minaret de la mosquée et du clocher de la cathédrale ".

 

D'autres éléments entrent ensuite en compte concernant les conditions dans lesquelles le projet a été mis en place :

En 1971 paraît un rapport intitulé Pour une politique nouvelle de l'équipement religieux au sous titre évocateur : Faut-il encore construire des églises ? Aussi, dans les premières pages, la problématique est énoncée : " La paroisse traditionnelle est remise en question, la notion d'édifice sacré est discutée, la célébration du culte se répand, comme aux premiers temps de l'Église, dans les locaux d'habitation et les salles de réunion. " En fait, l'Église n'a pas su répondre aux attentes et aux questions de mai 1968 et se trouve attachée à une image stéréotypée et sans passion.

Suite à cela, il va y avoir une mutation de vocabulaire et nous allons voir apparaître des termes comme relais paroissial, moins entaché de spiritualité moribonde et plus accrocheur pour les nouveaux chrétiens.

Nous pouvons dire que la cathédrale d'Évry a vécu le dilemme d'une Église qui se cherche, encore plus qu'ailleurs dans la mesure où ses fidèles tentent de trouver eux-mêmes des racines propres à leur épanouissement. " En attendant, partout le centre paroissial fait école, avec une convivialité sans précédent. Patchwork architectural composé de plusieurs salles ; adaptation souple, par cloisons extensibles, aux différents besoins (culte, catéchèse, réunions, répétitions...) ; parfois même, vocation oecuménique permettant, à quelques heures d'intervalle, d'exprimer une foi multiple dans les mêmes locaux. " Les catholiques cherchent à se rencontrer. Nous pouvons souligner aussi que la pratique religieuse autrefois était obligatoire et qu'aujourd'hui elle est totalement libre, ce qui influence largement le contexte dans lequel est construite la cathédrale du XXIème siècle. Les chrétiens ont donc bien besoin de se rencontrer, la question était de savoir si le lieu pouvait devenir une cathédrale et par là même un signe dans la ville.

 

La cathédrale d'Évry est la première cathédrale construite depuis la séparation de l'Église et de l'État. Et donc, " une nouvelle cathédrale est aujourd'hui un bâtiment privé, construit par l'une des Églises de l'une des religions que l'on trouve en France. Elle ne peut plus être l'élément fédérateur et central qu'elle fut au temps où le catholicisme était religion d'État ".Il fallait donc que le climat général soit favorable, et c'est ce qu'explique Claude Mollard, dans son livre La cathédrale d'Évry :

" Le contexte était en effet favorable : une équipe d'hommes volontaires et audacieux, une communauté religieuse active et jeune, mais aussi un contexte économique encourageant : en 1988, pour la première fois depuis de nombreuses années, le chômage recule et le climat politique est ouvert ; Michel Rocard est à Matignon, le gouvernement s'ouvre à la société civile, la loi sur le mécénat culturel de François Léotard entre en vigueur et favorise l'ouverture du monde de l'entreprise à l'action culturelle ; c'est aussi le retour de Jack Lang rue de Valois et de sa capacité d'enthousiasme renouvelée. Il décide de soutenir malgré les réserves de l'administration, ce projet de cathédrale. "

 

Par ailleurs, la construction de la cathédrale est décidée au moment du " retour du monumental ", et ce retour du monumental, constaté en France comme à l'étranger, et accéléré par " l'action conduite par François Mitterand et orchestrée par Jack Lang autour de grands projets fondateurs pour l'organisation de la société ". En Allemagne, en France, aux États-Unis et dans tous les pays développés, on construit aussi d'innombrables musées qui répondent à une nouvelle soif de culture.

 

Les chrétiens ne sont donc pas les seuls à se sentir concernés par l'édification de la cathédrale, même si pour certains elle est un bâtiment culturel avant d'être la maison de Dieu. C'est d'ailleurs la mairie qui a offert l'emplacement et ce sont les hommes politiques locaux qui ont insisté pour sa création.

 

 

Rôle de l'Église, rôle de la cathédrale.

 

Le rôle premier d'une cathédrale, en plus d'être le siège de l'évêque est aujourd'hui de servir une paroisse, tout comme aux temps de ses débuts. D'ailleurs, il est très important à Évry puisque, nous l'avons vu, il y a dans ce diocèse un manque cruel de lieux de culte.

 

Cependant, nous allons d'avantage développer ici le rôle social de la cathédrale en commençant par le problème des banlieues.

Banlieue, signifie au départ le " territoire situé dans le voisinage et sous la dépendance d'une ville ". " Le mot vient de ban, signifiant la juridiction et l'impôt. L'usage en a transformé le sens. La banlieue semble être devenue le lieu du bannissement. Cette ambivalence du mot ban est significative de la transformation qui a affecté notre réalité urbaine : d'un coté un espace considéré comme une entité à part entière de la ville et polarisée par elle, de l'autre une zone de rejet et d'éloignement. " De plus la population des villes nouvelles est très hétérogène : il y a beaucoup d'étrangers dans la mesure où le coût du logement y est moins élevé que dans le centre de Paris. L'homme ne se retrouve pas dans sa communauté et la vie y est caractérisée par l'anonymat. On peut dire que cette perte d'identité est due au manque de lieux dans ces espaces urbanisés. L'homme n'a plus de point de repère. Les urbanistes " s'appuyaient d'ailleurs sur les réalités de l'urbanisation au Japon ou aux États-Unis depuis cinquante ans. La ville devait être conçue comme un réseau et faite de maillages. Mais la réalité de la France n'était pas forcément celle de l'étranger. De plus, qui dit réseau implique tête de réseau et un réseau décapité n'en est plus un : c'est un désert. Il n'est pas étonnant par conséquent que l'évolution de la ville nouvelle d'Évry depuis vingt-cinq ans se caractérise par une sorte de quête inlassable d'un centre introuvable ! ". D'ailleurs divers essais ont été effectués pour faire vivre un centre ville, par exemple avec un programme de bâtiments publics, de hauteur limitée et de brique en façade !

Il est possible que les habitants aient en fait la nostalgie d'un grand bâtiment religieux au cœur même de leur ville et ce par rapport à un besoin de repère traditionnel dans une ville à l'urbanisme très complexe. En fait la cathédrale devient le prétexte à un lieu de rencontre avec Dieu peut-être, mais avec les autres certainement. Nous allons encore citer Monseigneur Guy Herbulot au sujet de cette inexistence de centre dans la ville, dans la mesure où lui-même explique que lorsqu'il est arrivé à Évry il y a une dizaine d'années, il ne savait pas du tout où se rendre lorsqu'il sortait de l'évêché ; c'est exactement le contraire de l'idée que l'on peut se faire de la ville, qui est censée être un lieu de regroupement humain.

" Les besoins pour les catholiques de mieux se connaître, de se rencontrer, de se rassembler ; besoins pour tous ceux et toutes celles qui ne partagent pas la foi chrétienne de voir s'inscrire dans le paysage des villes ces symboles qui aident les hommes, de notre temps à se révéler à eux-mêmes dans tout ce qu'ils sont, dans toutes les aspirations les plus profondes et les plus universelles.

La ville a besoin d'un signe traditionnel qui traduise ses racines : une cathédrale, mot si riche de sens dans la culture française, donne un visage nouveau à la cité. "

La cathédrale a donc pour rôle, à l'aube du vingt et unième siècle, de rassembler et d'établir un repère dans la ville. Elle est l'expression essentielle de notre patrimoine. De plus, elle offre une pause, une occasion de réflexion et de prière. Selon Mario Botta, architecte de la cathédrale, " une cathédrale aujourd'hui, c'est une nécessité pour les croyants et les laïcs c'est un témoignage qui nous relie au grand passé, quand nos belles vieilles villes étaient nouvelles... ".

 

 

Personnes concernées par la décision.

 

" Quand un projet architectural réussit, c'est toujours grâce à la solidité d'une équipe dont les membres sont soudés, les compétences complémentaires et qui sont capables d'oeuvrer sur une période relativement longue. "

Les équipes concernées par l'édification d'un bâtiment cultuel ont bien changé par rapport à celles du moyen âge. Elles se sont bien entendu complexifiées et nous nous trouvons face à une liste importante d'intervenants ayant tous un rôle indispensable dans la mise en place du projet : des architectes, des programmateurs, des ingénieurs, des financiers, des juristes, des informaticiens, des spécialistes en communication, des conservateurs de musées, des conservateurs de bibliothèques, des spécialistes de la musique, des spécialistes du design industriel, des ingénieurs audiovisuels, des documentalistes, des animateurs, des responsables marketing, et la liste pourrait être largement complétée !

Nous allons faire connaissance, dans le cas de la cathédrale d'Évry, avec tous ces acteurs particuliers qui se trouvent

comme dans une pièce de théâtre, soit au devant de la scène, soit dans l'ombre, mais qui tous permettent au spectacle d'être réussi.

Tout d'abord, il y a un homme, Monseigneur Guy Herbulot, évêque dans le diocèse d'Évry-Corbeil-Essonnes depuis 1978 qui est l'initiateur premier de l'implantation d'une cathédrale à Évry :

" La véritable origine de la cathédrale d'Évry est un acte de foi. C'est la décision de l'évêque, Guy Herbulot, en 1988, de donner au projet sa pleine autonomie architecturale, sans plus chercher à se faire offrir des moyens de financement que, depuis des années, on considérait impossibles ou inopportuns.

Délibérément, il se place le dos au mur, contraint de justifier lui-même le projet vis-à-vis de ses proches, de l'opinion publique et de ses financiers, et l'on sait que la foi permet de renverser des montagnes... "

Très vite, Guy Herbulot ne pouvant lancer le projet sans l'accord de l'établissement public, se trouve associé à Yves Boucly, Directeur Général de l'Etablissement Public de la ville nouvelle d'Évry (EPÉVRY). Tous deux se trouvent donc engagés dans l'aventure par un accord commun, d'autant plus que Yves Boucly est un fervent pratiquant catholique et qu'il veut en faire un projet phare. Il faut dire que l'évêché d'Évry ne peut pas être considéré comme un promoteur tout à fait banal, la cathédrale n'allant à aucun niveau passer inaperçu tant l'enjeu d'un tel projet est exceptionnel.

Tous deux font partie de ce que Claude Mollard appelle le premier cercle de personnes concernées par la construction de la cathédrale d'Évry. Avec eux, il y a une poignée d'hommes indispensables sans qui l'édifice n'aurait pas vu le jour.

On peut dire d'ailleurs que la décision de lancer le projet n'aurait pas eu lieu sans la rencontre de l'homme d'Église, Monseigneur Herbulot, et d'un homme d'État, Jack Lang (ministre de la culture). Ce dernier considère la cathédrale comme un édifice ayant une très grande importance au niveau culturel et contre l'avis de ses collaborateurs décide que l'État apportera une aide au financement de la construction. En fait le raisonnement n'est pas illogique dans la mesure où " les cathédrales d'hier sont devenues propriétés de l'État, ce qui justifie le rôle éminent que joue à leur égard le ministère de la culture. Mais celle d'Évry est œuvre privée du fait de la séparation de l'Église et de l'État. Cependant la tradition est si ancrée dans nos moeurs que le lancement fait se rejoindre l'homme d'Église et l'homme d'État, sans que l'opinion publique, hors mis quelques exceptions, trouve cela choquant. "

Erdre Architecture : Le Bonneuf - 44390 NORT SUR ERDRE - T 02 40 37 59 14 - M 06 63 38 89 44  - E h.houpert@erdre-architecture.fr